On entend souvent dire que le vélo électrique ne compte pas vraiment comme du sport. Et si c’était plus compliqué que ça ? L’assistance change l’effort instantané, c’est indéniable. Mais les chiffres racontent une histoire différente dès qu’on élargit le regard au-delà d’un simple trajet.
Ce que mesurent les scientifiques quand ils comparent les deux vélos
Pour comparer l’effort du VAE et du vélo classique, les chercheurs utilisent le MET (équivalent métabolique) — une unité qui mesure l’intensité d’un exercice par rapport au repos. Un vélo musculaire en usage loisir correspond à environ 6,8 MET. Le VAE, lui, tourne autour de 5,5 MET. C’est moins, mais c’est nettement supérieur à la marche (3,5 MET) et bien au-dessus de la conduite automobile.
L’Université de Bâle a confronté directement les deux pratiques sur 30 volontaires en surpoids. Pendant 4 semaines, à raison de 6 km par jour, trois fois par semaine, la moitié roulait en VAE et l’autre en vélo classique. Résultat sur la capacité cardiorespiratoire (VO2) : améliorations quasi identiques dans les deux groupes. L’assistance n’avait pas supprimé l’effort — elle l’avait rendu plus accessible sans en réduire les bénéfices.
Une étude norvégienne publiée en 2017 apporte un éclairage complémentaire : les cyclistes en VAE sont physiquement actifs pendant 95 % du temps de conduite, contre un ratio de 10,9 pour les cyclistes traditionnels. L’écart existe, mais il est bien plus étroit que ce que le sens commun laisserait imaginer.
Le paradoxe du volume : pourquoi le VAE peut dépasser le vélo classique sur une semaine
C’est là que la comparaison se renverse. Une vaste étude portant sur 10 722 adultes dans sept villes européennes a mesuré l’activité physique sur une semaine entière. Les utilisateurs de VAE parcouraient en moyenne 9,4 km par trajet, contre 4,8 km pour les cyclistes classiques. Et leur total de minutes-MET hebdomadaires était supérieur.
Pourquoi ? Parce que l’assistance lève les freins. Le cycliste classique hésite devant une côte, renonce quand il pleut, prend la voiture pour ne pas arriver en sueur. L’utilisateur de VAE, lui, sort son vélo plus souvent et va plus loin. L’effort instantané est moindre, mais le volume cumulé sur la semaine compensait largement dans cette étude.
Des chercheurs allemands ont confirmé ce mécanisme en 2020 en suivant 101 salariés sur leur trajet domicile-travail. Ceux en VAE affichaient une fréquence d’utilisation plus haute — et donc, une intensité physique hebdomadaire plus élevée malgré un effort par trajet moins fatiguant.
Passer au vélo électrique : est-ce vraiment bon pour la santé ?
En termes de calories, qui brûle vraiment plus ?
Sur une heure de pédalage, le vélo classique l’emporte : entre 400 et 600 calories brûlées, contre 300 à 400 pour le VAE. La différence représente environ 20 à 30 % selon le niveau d’assistance choisi. En mode éco avec un pédalage actif, un utilisateur de VAE peut atteindre 400 à 450 calories par heure — soit autant qu’un cycliste classique à allure modérée.
Voici comment se comparent les deux pratiques sur les principaux indicateurs :
- Intensité MET : 6,8 pour le vélo classique, 5,5 pour le VAE
- Calories brûlées/heure : 400-600 (classique) vs 300-400 (VAE)
- Distance moyenne par trajet : 4,8 km (classique) vs 9,4 km (VAE)
- Minutes-MET hebdomadaires : supérieures chez les utilisateurs de VAE (étude 7 villes européennes)
- Amélioration cardiorespiratoire sur 4 semaines : comparable dans les deux groupes (Université de Bâle)
Ce tableau montre quelque chose d’important : il n’y a pas de vainqueur absolu. Tout dépend de l’usage. Quelqu’un qui roulait déjà régulièrement en vélo classique perdrait un peu d’intensité en passant au VAE. Mais quelqu’un qui prenait sa voiture ou ses transports en commun gagnerait une activité physique régulière qu’il n’aurait probablement pas maintenue autrement.
Le bon outil selon votre profil
Pour un sportif régulier habitué à l’effort soutenu, le vélo classique reste plus stimulant à intensité égale. Les bénéfices cardiovasculaires par trajet sont plus importants et la progression musculaire plus rapide. Mais ce profil est minoritaire parmi les cyclistes du quotidien.
Pour tous les autres — les personnes qui reprennent le sport, celles qui veulent éviter la voiture, les plus de 50 ans soucieux de ménager leurs articulations — le VAE représente une option clairement supérieure. Non pas parce qu’il demande moins d’effort, mais parce qu’il en demande juste assez pour que l’on continue à pédaler.
C’est d’ailleurs ce que résume le professeur Jean-Luc Bosson du CHU de Grenoble : le VAE permet une constance que le vélo classique n’assure pas toujours dans la vie quotidienne. Et en matière de santé, la régularité prime toujours sur l’intensité ponctuelle.

